sexta-feira, 11 de janeiro de 2019

MES POÈMES



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/Volumes/Untitled/2017-10-20 poésie Licia ill. I.C.Laliberté/poésie Licia ill. I.C.Laliberté 002.JPG

                     Licia Soares de Souza
Illustrations : Irène C. Laliberté. 











Il n’y a rien de plus bruyant
que le silence 
du sommeil dans tant de coins.
Valises continuellement prêtes
pour débarquer 
dans la prochaine frontière.
Il y a la frontière de relations, 
et la frontière de passages.
De relations : la nature s’interchangeant
                       déclarée énergique
                        prompte à aimer
                         ce qui n’est pas,
                         apte à unir ce que
                         la logique veut briser, 
                         le sable et la neige
                          la vie sécrète des mystères,
                          suavité et fraîcheur,
                          réussite fugace
de nos correspondances...!!!

De passages : routes, courses, mouvements,
                         le travail du dessus, du dessous,
                                     impulsif, accaparant, séducteur et
                                        fascinant.















Je suis maintenant de celles[1]
qui portent plusieurs villes natales 
dans son cœur.
Je ne veux plus devenir 
quelque chose qui ne rayonne pas,
une brique ferme dans sa composition.

J’ai du sable en moi,
ramassé au bord des plages de l’Atlantique.
Mes mots sentent l’air marin,
                  mes voyelles 
s’ouvrent avec les couleurs de l’huile de palme rouge
                   les consonnes
jouent le rythme des berimbaus[2].

Un testament rangé dans un coffret muni à sept clefs
affirme que j’hérite des tambours,
des dieux, des croyances d’esclaves.
J’illustre leur histoire par mes récits,
mon territoire intérieur magique
entouré de mon cortège d’images,
une archéologie de savoirs ancestraux
            l’Afrique désintégrée
    réinventée dans les Amériques.
Je porte ses douleurs sur mon dos,
encastrées dans ma tête.
Les Noirs  ont vu la cruauté
                       devant eux.
Ils ont produit quand même des  palais de résistance
                       dans l’Occident.




En ce moment même,
je remplis mes pages, 
mes grands espaces germinent dans mes pieds.

Arrachée aux multiples masques, 
me voilà devant tous,
comme un revenant de tant de  frontières,
une esclave luttant contre son Seigneur d’Engin
de canne à sucre,
une cocote galante des briques roses,
une danseuse élégante
sur les scènes de glace,
ou simplement une petite paysanne
                  comme celles des contes des Frères Grimm.

Je suis maintenant de celles
qui écrivent seules
de mer en montagne
d’heures en minutes.
Je suis de ces femmes
          profondément secouées,
les mots émergent,
les paysages tressaillent.

Je ne sais plus contempler,
ce qui existe en moi
c’est la force irrésistible du mélange.

















Tu m’as supplié 
de prêter une oreille
aux violences de notre instant.
Je saisis l’image d’une bête meurtrière et 
                                             opprimante,
plongeant notre terre
dans un scénario de jours et nuits ridés.
Je ne désire établir aucune preuve
de cette réalité
ou de cette non-possibilité.
Je peux chercher  des mots.
Ils ne détiennent aucune preuve.
Ils ont seulement des inquiétudes.
Forces de relations
se mouvementent  
entre le dit et le non-imaginé.
Notre écriture doit dorénavant
se lier comme des mirages
dans une terre dévastée.
Nous devons nous façonner par des symboles 
pour traverser les sentiers de la stupidité.






































Oui, elle, la stupidité a des preuves
d’une existence solide.
Elle se promène
main dans la main avec la bête opprimante.
                    Elle la nourrit,
                    elle la glorifie.
Notre blottissement  dans le bras d’une écriture mobile
annonce le lieu où sans doute
nous protégeons nos pensées brimées. 

Notre corps entre dans une grotte.
Nous retournons au pays
sans droit ni loi.
Serait-il possible de le réinventer
                  avec des mains châtiées 
                       par les temporalités déchirantes?







































Nos discours vivants! M’intéressent les arguments qui proposent la lutte, mettent en jeu des cris articulés qui s’agitent parmi nos combattants. Nous luttons sans cesse pour l’affirmation active de notre indépendance contre toute liaison passive. Nos discours vivants : les expressions rebelles de notre histoire.

Quelle transformation du réel voulons-nous? Le premier enjeu est la fugue d’un ordre acerbe, des postures, ou l’ébranlement de voix assurées! Et puis, c’est la recherche de discours troués par la force des impulsions individuelles et collectives. En passant par le vide de ces discours, le vent fait basculer et chanter toutes les voix.

La fabrication du sens pour faire face à la stupidité de la bête assassine!

Je laisse en toi voler les oiseaux les plus braves. 
L’ombre du faucon
ouvre des passerelles 
pour une infanterie résistante.
Nous ne mourons pas.
Sous cette ombre les arbres poussent couronnés 
de branches fortes,
les vols ne viennent pas des ailes,
démarrent 
à la source du jour,
par un déploiement des meilleures traces de nous-mêmes.



























Tu me demandes d’être sans temps ni espace.
Tu brailles dans ta solitude de guerrier vaincu.
Ceux qui rient sans gêne aucune,
confondant l’amour et la haine, 
manient des armes mortelles
                     dans leurs mains tordues
                        rongées par leurs grossièretés.

Je veux dire Brésil 2018.

À cet instant j’aurai l’illusion de parader
             devant des barricades bondées de rats
qui ne comprennent rien de la complétude 
             de notre misère.

Mais tu es le seul à insister dans tes gestes.
Tu te sens marcher dans une profondeur de riens.

Tout est déjà englouti maintenant.

Ceux qui sont là aiment la Mort,
Les militaires s’investissent en un déploiement de sécheresses et de frissons
Ils ont les poches pleines de bombes à utiliser
                    contre les Noirs, asservis pendant des siècles,
                    contre nos femmes, grands piliers de la société,
                    ils condamnent à mort les homosexuels 
               qui se recroquevillent apeurés comme des feuilles déchirées
                    ils montent un abattoir pour tous les penseurs
                    qu’ils veulent anéantir au creux du pire silence.

La force de la nature tropicale ironise, 
chagrinée  à force d’être si verte,
et  si impuissante
devant le rugissement strident des condamnations
qui provoque ensuite
le silence enlacé du jaune opaque des murmures.

Je reçois le poivre de Cayenne,
mais  cette fumée amortissante
ne peut pas me faire taire,
mes aurores veilleront libres
pour mes amours,
et je m’avance quand même chargée
de courages.
Je mêle mon souffle aux combats contre la chaleur 
pour crier contre une telle Mort 
fabriquée par cette bête bâtarde.














La censure prend le pas
sur nos heures de fatigue.
Si nos corps ne luttent plus
Au fond des  gouffres de nos repos
contre l’anéantissement des rêves,
la fraicheur des alarmes imprévues
arrachées au courage
déshydrate,
tombe tombe le soupir
au-delà de la confrontation,
admirable posture
où va germiner toute semence
              de réenchantement.








































Dans les chemins d’ombre
nous perdons notre vue 
         dans la brume.

Je sais. Nos souffles engagent la peur
            ronde torturante
         qui enfante la terreur,
      encore une exclamation,
une rumeur dans ta bouche accablée.
           Ton désarroi!!!

Allons-nous noyer notre monde en pensée
dans un brasier inextricable?
  
Ne te laisse pas disparaitre dans ce ressac
de vie molle 
sans forme sans expression.

Le destin veut se moquer de nous.
Regarde tout ce feuillage obscur
qui fait éclater les visages mille fois construits
de notre identité de justice.
Voilà !
Il y a des pages tournées 
              de nos vies de bonheur.
Les militaires posent des bombes
              au milieu de nos espoirs.
Nous sommes sans secours.
La violence déracine nos forces.
Les déments avivent les  orties vénéneuses.
En chaque être humain, au piège de la haine,
s’embusque la faim féroce des carnassiers,
mais, fais attention :
 cela  n’est pas un simple privilège de la terre  brasilis.




Laisse-moi lentement donc
m’approcher des sons
de mes mondes perdus.
J’aimerais renouer
avec une âme
qui s’est éparpillée
parmi tant de références difficiles à retrouver.

Je n’appartiens pas à un seul espace.
À travers ta respiration,
je peux entendre ta demande de silence,
mais elle rivalise avec les cris
             des émeutes vivantes.

Je me dédouble, 
me retranche dans de terribles espaces terribles
qui traversent le temps
        de conflits inutiles.












Retournées dans la terre des songes,
mes paroles doivent veiller,
tout comme mes pensées encore vivantes
         encore un peu,
avant que la loi du bâillon
n’arrive jusqu’à nous
au milieu de l’absence 
          sans réponse.
Je veux vite parler  de mes amours,
         de mes douleurs,
         de paysages et des héros
qui ont taillé mes élans secrets.
Ils m’ont lancé dans le vertige de la passion pour toi.

Tu n’es plus un cas de colporteur 
                     triste et fragile.
Tu grandis géant,  grande boule de mémoire
                        partagée.
Tu deviens une œuvre encyclopédique 
          qui en dépit de ses brèches 
 nous guide dans les méandres des archives 
     les plus significatives des sociétés qui ont perdu
                leur gouvernail.







Tu étudies profondément les conséquences de la bâtardise
                       des bêtises.
Nous souffrons terrassés par le poids de cette hérédité.
Mais les étoiles croisées en constellations profondes
                         nous ont appris à parler 
                 la langue des relations subversives.
                   Nous continuerons ensemble,
                 têtes interpénétrées que nous sommes
                 dans la galaxie des protestations.
Nos premiers échanges seront frappés de brûlantes contradictions.
      Nous avons l’air d’êtres qui s’initient au geste originel.
















Je m’avance alors en parlant d’un amour perdu
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 (à celui qui m’écrivait de longues lettres)
Il m’est venu 
comme s’il arrivait du fleuriste.
Deux pétales bleus
regardant mes pensées,
  sa main
               consentant
                                   à caresser....
pour en voir plus
                                    refleurir.
 Quelle nuit, une nuit d’échanges purs,
          odeurs de roses éternisant nos mouvements
          notes jouées sur la toile de notre harmonie
          intensité que nos promesses faisaient émerger.
Quelle journée, réservoir de souvenirs
         mots ouverts,  sources de vie.
 Sources de vie que le langage autorisait,
                     lettres
battement d’ailes devant la fenêtre
respirer dans l’immensité de la création,
amour    rêves    paradis.
Musique d’été,  musique d’hiver,
enivrantes notes d’un bonheur éclaté
chairs salées dans les vagues de l’Atlantique
corps affamés de lumières éblouissantes
                de fusion dans la neige.

Mais les pétales bleus ont arrêté 
de vouloir mon âme
sans rime,   ni raison.
Les larmes giclaient de mes yeux
comme gouttes de boue,
débris désagrégés
de nos coins de terre imaginés,
sable     neige     glaciers    étangs.
Un mauvais temps
efface rayons de lune et soleil,
les gémissements du vent 
vident la lumière de nos yeux,
                  les lettres
                          ne battent plus de leurs ailes
                          devant cette fenêtre,
                où lecture imagination et sourire
                m’ont un jour nourrie d’illusions.
Une tristesse de l’intérieur du corps
peut-elle parvenir à la conscience?
Peut-on encore proposer 
un discours sur le désir et l’amour
                 dans le dégoût de soi?
 Quelle après-midi! Ces heures vécues sous les palmiers
sont désormais sans amarres ni projets,
sans un ton de caresse
                      chaleur ineffable d’une vie accueillante!
                      
 Quelle nuit!  Quelle angoisse!
 Jouissances mémorables,
lueur de passion et de secrets
qu’on ne peut plus partager,
                       une épreuve de l’existence.
Comment faire jaillir des ténèbres du destin
                       éclairs vibrants d’émotions?
Quelle nuit ! Quelle tristesse!
Plus de possibilités d’inventer des sables enneigés,
aucune forme de créer fusions d’amour,
les lettres ont perdu leurs couleurs vivantes,
tout ce  vide
                     symbolise
                                      simplement
                                                          éteindre peu à peu les lumières 
                                                           de ma vie …         de mes pétales .     










(à un poète très connu)
Viens,  mon ami, maintenant
entre dans ce monde inconnu.

Cherche une autre flamme, 
trouve un chemin autre
écoutant toutes les larmes qui ne quittent pas
tes pas, ton souffle,
trouve ces  bras
avec lesquels tu as entouré
sur cette planète
tant d’émotions, tant de combats
et mes péripéties de jeune pâquerette
fleurissant dans un jardin aussi inconnu
et que tu as modelé pour moi.

Je te laisse entrer dans mon monde.
Tu as toujours prétendu qu’il n’existait pas,
qu’il était imaginaire,
qu’il était bâti d’illusions. 
Il était, enfin, un tombeau de néants,
une farce de sans-pensées,
un carrefour d’enfants dépatriés.

 Regarde,  mon ami, 
c’est un héritage essentiellement humain.
La force de plusieurs qui comme toi
ont construit la vie des pensées solides,
la vie des paroles lumineuses.

Sois sans impatiences  sois sans réticences,
et de tes magnifiques mains
cueille les plus insignifiants soupirs,
puis change-les en concrètes semences.

D’une pensée, des semences, d’un cri,
un dialogue
autour d’un point,  formes vierges,
signes de communication,
traits de ta noble splendeur
qui nous surprend et nous fascine
tel un songe transparent
qui nous livre ta profondeur.
Il éclate… ! Il devient différent.

Lève tes mains universelles
qui tirent des moindres balbutiements
quelques sublimes étincelles.

Étoiles d’amour,
cris de passions,
fabuleuses fusions
qui nous ont bercés pendant des années,
traçant tant de merveilles sonores
et animant nos tendres aurores.
 Qui te parle maintenant ?
Qui est à ma place ?
Qui est à la place de nos combattants ?
Ceux sans doute que tu as entendus toute une vie,
leur donnant la parole,
modulant leur voix,
montrant au monde les oppressions qu’ils ont affrontées.
Le triomphe de tes exercices.
Toute-puissance de la foi.


Quelle communication vas-tu me réserver 
dans un nouveau coin d’éternité ?
Reprends tes mots de tendresse,
tourne donc toute ta pensée
vers nos joies fécondes et reviens.

Oh ! mémoire. Oh ! patrimoine sincère !
Quelles alliances nous avons scellées
qui de moi ont fait ta vivante matière !


































Dissoudre 
         une tumeur
                     goutte
                                à
                                   goutte
                             dans mes mains
                              qui accueillent 
                                           cette
                                              li
                                                 qui
                                                     di
                                                        té
                                              chaude, froide,
                                               libératrice.

                                             Pensées, abandons,
                                               grisailles
                                                          fon
                                                               dent
                                                     entre mes doigts.
                                                    Je les laisse couler.

                                La larme la plus belle est celle du manquement.
                                                     Elle roule,
                                                    produit un sanglot d’enfantement
                                                   et alors se ré-enchante le souvenir, 

                                             





                       puis vient la larme de la platitude
                                                      qui brûle les doigts
                                          et alors le monde devient inaccessible,
                                                          les souvenirs
                                                       flous,   brumeux,
                                                                fon
                                                                     dent.
                                                       S’installent, enfin, le sanglot vaporeux,
                                                              la géhenne.

                                              Le martyr peut-il se défiger?
                                               De combien de pleurs ai-je besoin
                                              pour expulser tant de soupirs ?
Toujours est-il que le flot 
glis 
       se sur mes lèvres
laisse un goût salé
                  de désespérance,
                          qui étouffe,
                mais qui pénètre l’intérieur avec la force de la délivrance.

                                            Nettoyez cette galerie
                                                     d’émotions malsaines,
                                             dis-je à mes lèvres et yeux.
    Faites un ménage
           en chantant
           que l’on puisse arroser
           la sécheresse de nos champs.

                                              

                                         Je me voyais héroïne,
                                             brave     guerrière,
                                             un modèle d’épée à pourfendre les vents, 
                                          Vêtue d’un tissu de coton aux allures de bouclier.           
                                           Or, je ne suis qu’une sensible. Qu’une sensible.

Un visage magané par les fouets du temps,
 un visage qui pleure…

S’il peut s’embellir 
par les sanglots qui jouent
comme des violons contorsionnés,
mes soupirs n’auront plus des absences 
                         à lamenter,
                    plus aucune cible,
mais un son envoûtant
                    qui enrobe les nuages, 
                    et alors mes larmes vont to
                                                     m
                                                         ber  lumineuses,
                                      dégivreront les cavernes de mon âme.















Tu me demandes de raconter des promenades
                d’amour,
les soubresauts d’une âme
toute petite devant les rafales
                du destin.

Le cœur dans les paumes de nos mains.

Bateau qui traverse des latitudes impossibles
                côtoyant des terres jamais naviguées…!!!

                       Dérive.
Il est impossible de s’identifier,
                   de se retrouver
profondément isolés dans l’enclos humain de l’âme,
                  car un tel amour n’a pas de havre
où se délasser,
                  n’a pas de château 
où cacher ses éclats,
                  puisque nous deux, ensemble,
faisons exploser nos atomes 
                  dans les caresses d’une boucle infinie.

Je te laisse me prendre allongée
                 entre les zones d’ombres et de lumières,
te laisse dessiner 
                  une forme envoûtante
au milieu des interdits
                  et veux savoir comment écrire des mots qui prolongent 
cette toile,
                 des mots que je n’ai pas vus dans les bibliothèques.

Il est des mots
et il est des mots espiègles. 
Ils jaillissent des livres se moquant de tout le monde.
                  Ils comprennent mieux les alliances de l’eau et du firmament,
une caisse de résonnance, 
                  où se provoquent et s’échangent 
les qualités sensibles d’une destinée.

Il est des mots qui sentent les parfums 
                         émanant de la fusion de nos corps.
Les sécrétions coulant sur le bateau,
                          les étoiles visibles faisant miroiter les désirs les plus banals.
Chuchotements jouant comme des lyres attirantes,
                          le vent dansant dans les bouquets des feuilles des palmiers.
 Il est des mots pour les rêveries aquatiques,
                                    monde entrouvert pour les débordements de l’amour.

                                    Chants d’amour,
                                    traversées de l’être.
                                    Perdre les amarres avec le réel et être fécondés par les sensations                      de l’univers.
                                   Mots qui font sourdre les bruits inharmoniques,
                                    temps du bonheur des plaisirs, 
                                     avec un vol de canaris à la rencontre de l’infini.














Tu me parles de ton sillon autour de tes rêves.
Mais tes yeux glissent lentement vers le vide.
Non, je n’écrirai plus le même poème à la solitude.
Tant de temps a passé
et pourtant rien n’a changé.
                            Il me faut inventer des formules,
                                             parler d’un pluriel.

Aujourd’hui, tout est multiple,
                           le royaume de l'Un est fini,
                           il faut savoir déplier,
                           savoir déployer même les douleurs.

La vie prend toujours figure de déconfiture,
             mais ce sont de nouveaux visages,
             miroirs fixés sur un autre mur,
             angles divers de la même angoisse.

          La moindre sensation est confisquée
              par une toile de souvenirs.
          Le moindre soupir est envahi par la mélancolie
              des vécus antérieurs.
        
         Je porte donc en moi plusieurs solitudes,
                   absences variées
          appartenant à tant de passés
que je ne sais plus si la réalité est encore possible.


             Est-ce fatigant de se trouver engloutie?
                     sans jambes et sans bras
                  assistant au carnaval des autres?
             Tout est envahi par la tristesse des souvenirs,
                Colombinamutilée par diverses solitudes,
                      parlant plusieurs langues,
                      chantant des airs nuancés.

                   Mais c’est le même carnaval
                    se répétant chaque année,
            les mêmes solitaires avec le bock de bière,
               réitérant l’histoire d’un masque oublié
                   dans une rue déjà vide où les orchestres
                                sont passés.

            Je n’écrirai plus le même poème à la solitude.
           
            





            Je préfère un faisceau de mots dispersés,
                sans logique, sans sémantique
          pour sentir tous les tissages des solitudes éparpillées.
         
           La même solitude ne rend personne vivace,
                      ne motive personne à chanter.

                        Une fois les fêtes achevées,
                     elle célèbre un rite  que je ne veux plus raconter :
                           monter ces escaliers,
                           prendre ma camomille,
                           déchirer mes rêves et imaginer un présent
                           falsifié par les pertes, les deuils et les privations.
                       
           Et toujours à imaginer que la vie  pourrait être tout autre.






         




















(après la chimio)
Oui, tu me dis que le silence viscéral
se frotte aux murs de nos souvenirs.
J’ai mal.
Il y a présentement 
dans cette langue
un immense murmure de sang,

l’inconfort d’un corps
                                      déchiré.

J’accumule des descentes 
                  dans un creux ombrageux
où seul le mot douleur peut se prononcer.

Mon corps se brise
                   trop peu d’aise aux mains
qui gravaient jadis le dessin des ambitions.

Tout se chargeait de résonnances
                   se métamorphosait en grandes symphonies
conquérantes et expansives.

Il y a présentement des absences
je me retire de moi
                                  cassée…





Ma plume suit la lourdeur
                  d’une colonne tordue
            explose en voyelles lâches,

exprime le poids d’une silencieuse intensité.
Ma plume accueille  peu,
                  chancelle avec un corps éprouvé,
trace un insupportable repli
                    acte de pure résistance,

cherchant à repousser une prochaine déchéance.

J’ai frôlé la mort,
                  le jour me trouve sur un horizon de panique,
j’ai la connaissance des limites des chemins
                  c’est presque insensé de contrer la distance
de vieux points de repère.

Je voudrais me libérer de ce corps plein de chimies
                    et de chagrins,
je voudrais articuler sons et lumières
jusqu’aux mouvements dans la tête 
                       jusqu’aux  pieds agiles
qui se soulèvent, se transforment et se retouchent.

                 … mais pourtant…

ma langue freine
mes mains mêlent 
les fils fragiles d’une trame discontinue.



Tant de mots choisis pour construire une histoire,
tant de mots dressés contre les troubles
                         fidèles aux magies imaginées….
et il faut apprendre à tomber !!!

Suis-je préparée pour la troisième chute?

Mais il y a un souffle qui libère en moi
                   quelque chose de puissant 
                               et fertile.

Ces murmures de sang
                   cherchent un endroit pour recommencer
pour enchanter la terre
                   et jeter à bas la clôture des douleurs….





















Entre le lever et le coucher,
ces heures brûlantes
d’un soleil trop rouge,
entre 14 et 16h,
c’est une durée qui m’entraîne
dans une intimité imprévisible.

Simplifier,
déambuler,
méditer
dans les parcs qui rayonnent
sous la force du soleil.
Un instant alors que personne ne s’aventure à l’extérieur.
C’est ma tête qui renverse seule
les bancs et les arbres,
qui a le courage d’imaginer.

Il y a dans l’air une écriture de résurrection.
Ce temps n’a des mots 
- sans doute -
 que pour moi,
que pour mes yeux,
atterrissant doucement dans chaque coin de rue
passant lentement 
entre les petites vagues de chaleur,
se promenant dans la confluence
des parcs et des gratte-ciels. 

Éliminer mes craintes,
tromper les tristesses.
La combattante que je veux être
absorbe tous les mouvements des heures.



Je tente de combler des lacunes,
les non-dits qui scintillent dans ces rayons de soleil.
Sans remparts,
les êtres visibles vacillent
et me laissent penser
à des vécus de bonheur comme je les voudrais.

À 15h j’ai retrouvé un amour perdu
il y a 30 ans.
J’ai gagné un voyage 
au pays de la splendeur des sentiments,
un horizon de merveilles.
À 15h15 le médecin 
m’a annoncé le départ de mon frère.
Je n’ai pas crié, pleuré, hurlé,
je me suis blottie
devant un cadavre chaud,
la révérence...
Un corps visiblement éprouvé,
mais déjà bien loin. 
Et emportant de l’autre côté
 une partie de la mémoire 
de familles, de nos villes et de notre pays.














Tous les jours à 14h
je suis dans un autre monde,
créant mes mythes de l’après-midi
écrits sur le même banc
vers lequel s’incline une branche
d’un arbre séculaire.

Comprendre le monde,
sourire aux passants,
imiter les oiseaux et chanter.
Aller d’un bout à l’autre,
me promenant dignement 
près d’un fil
qui me conduit toujours
à la lueur
de mes joies imaginées…
Avant que le soleil ne se couche.















Je fais et défais ce chemin de douleur.
Je sais que tu veux que je m’avance dans l’oubli
des blessures de ma chair.
J’écris de dos.
Et tu peux voir que ton souffle
m’amène aux traces de mon passé.
Mais, dis-moi, comment lui montrer mon corps
que la crainte rend fragile? 
Ce corps morcelé aime les souvenirs 
des tendresses communes, 
mille et une caresses passant par plusieurs lunes, 
temple libéré de tout outrage, 
parfums, chansons, doux récits de tous mes âges. 
Sous le fardeau de la douleur, 
mon corps frêle 
s’effrite et se dissout en petites particules 
au vent du matin 
et mes sens aiguisés s’écoulent dans des parages lointains. 







Comment lui montrer ce collage de cicatrices 
arrangé par tant de peines? 
Certaines, bien cousues, 
cachent de petites gouttes de larmes cristallisées. 
Mes genoux enluminés de rondelles rouges 
ont parcouru mes ruelles d’enfance, 
mes passerelles de vie. 
Mais des cicatrices, semi-ouvertes, 
un déploiement de tristesses et de souffrances 
fraient un chemin long 
dans un intérieur fracassé.
Et j’ai le cœur en morceaux par l’affection niée 
la tête en confusion par suite de la tendresse disparue. 

Comment lui montrer un corps éprouvé 
qui échappe à notre entendement de ce qu’est une vie normale? 
Des peines s’épuisent dans mes seins, 
des cris aigus sont enchâssés 
dans une intumescence dommageable 
lovée dans les recoins de l’âme, 
déchirante proximité 
avec l’anéantissement. 
Corps niant son propre involucre 
englouti dans une fatigue 
qui brise et triture ses propres os. 






Ah ! quel effort pour ne pas se livrer facilement 
aux ténèbres des lâches! 
L’angoisse frappe aux portes de mes nuits. 
Ah ! quel effort pour ne pas étreindre son ombre 
qui traverse une poitrine dilacérée! 
Alors qu’un seul mot, une parole seule 
et ce serait la joie redécouverte. 
Dire seulement dire un mot seulement 
qui réveillerait les liens 
entre la joie et l’espérance 
dénouant les douleurs de ce lamentable corps 
qui refuse de s’accabler sur son sort.



























Je veux continuer de transporter 
des questions d’un temps chargé d’étrangéités,
d’une vie emportée
à l’affût de ses traces de chagrins.

Ton regard se détourne. 
Tes yeux cherchent à saisir ce que je porte encore
             dans mon intérieur!

Après avoir écrit tant de vers,
je m’arrête devant une photo
    dont l’auteur est lauréat d’un prix national.
C’est un enfant mutilé 
    par les bombes d’une de ces maudites guerres
                             de ce monde.

Je suis aussi d’une terre de guerre.

Mon corps est physiquement entier
         malgré quelques cicatrices
         apparues à la suite de chutes et de chirurgies.
   Il est fait de bribes intérieures accolées,
         tombées par suite de tant d’affrontements…

Je pense même à être un non-être
     réduit par les blessures atroces 
       que les torpilles des désaffections 
               ont produites,
                      plaies inénarrables,
                      éraflures brûlantes,
                     scarifications terrifiantes.


Mes tranchées n’ont pas pu avaler
l’avancée des masques meurtriers,
conspiration et abrutissement
                 ont fait s’écrouler
                  mon corps si fragile.















Quel est le commanditaire de cette tragédie?

Je me rappelle que j’ai livré
           l’amour
sur tous les terrains où j’ai cheminé.

Cette image de moi est encore trop vive
dans les souvenirs du temps.

La tendresse des gestes 
    que j’ai posés scintille.


Douceur et terreur doivent-elles se toucher? Rimer?
Mon corps mutilé se couvre 
                de vieilles éruptions contorsionnées.
Je suis un non-être parlant.
   J’invente des songes inattendus.
       Je compose des pages de larmes.

Mon corps démembré hurle
    contre les mots 
                            de fer et de feu.

Je veux mettre dans une phrase, maintenant,
     tous les jardins remplis de mansuétudes.


















/Volumes/Untitled/2017-10-20 poésie Licia ill. I.C.Laliberté/poésie Licia ill. I.C.Laliberté 015.JPG



Ce sont des yeux qui ont brûlé
       de dégoûts,
   laissant une larme
se promener de long en large.

Une goutte tenace
   qui a mis une éternité
à se rendre d’une extrémité à l’autre.

Arroser un visage séché
par les vents chauds
et incendiaires des tourmentes sans fin…

Aveugle, je retrouverai
les images qui rejailliront 
     de la larme.









/Volumes/Untitled/2017-10-20 poésie Licia ill. I.C.Laliberté/poésie Licia ill. I.C.Laliberté 020.JPG


Que ma bouche se dilate 
            enfin,
énonçant toutes les réponses
    aux insultes ensevelies.

Je tire ma langue.
Je compose des textures
ouvertes aux avenirs d’un monde
sans grenades jetées par la mort.


Bavarde, je retrouverai les sons qui viendront 
          de gorges chantantes.

















Le monde sera petit pour les maudits.
Les grenades lancées par les sans-cœurs
ne déchireront plus jamais
les enfants d’une guerre
ou l’esprit des sensibles.

Mes cicatrices se fondent 
dans les sentences lancinantes,
          accusent
    les pierres sauvages
que des mains malhabiles 
font déferler contre l’humanité.

Mutilées, mes mains s’envoleront 
     vers la chaleur des printemps et iront
        cueillir des lettres,
      dessiner chaque mot 
    que les fleurs ont esquissé.

J’appelle tous les corps renversés
         par des grenades.
J’appelle les non-être oubliés
         dans les ruines.


J’appelle une force inouïe pour une vie de nouveauté.

































Tu me laisses prier un peu,
avant de changer de nouveau le ton de mon voyage imaginaire!

Notre Père qui es aux cieux
que ton nom soit répété
pour agiter les rêveurs 
      qui cherchent le sommet 
            de ta fructueuse éternité…

que ta volonté soit faite
d’abord sur la Terre,
sans silence,
mais avec une force criante
     pour faire foisonner 
         les têtes intrépides,
         les âmes accoucheuses 
de justice…

Que cette volonté s’étende au Ciel
où nous pourrons établir
notre galerie d’art
      avec les sons et couleurs
            d’une planète éblouissante
                 qui a vaincu le non-sens     
des malveillances…

Donne-nous aujourd’hui 
notre lettre de ce jour…

Ne nous pardonne pas 
si de cette lettre 
           découlent quelques bravades
                 d’orgueil meurtrier…

Nous -mêmes, nous ne pourrons pas pardonner
           à ceux qui nous offensent avec la banalité
                des désirs fragmentés en quête de frivolité….

                ces déformations accroupies
                détruisant nos utopies…

Nous-mêmes nous espérons 
   nous délivrer du Mal
      en évitant les discours d’insignifiance
         et le vide du matérialisme 
            dans cette vie de plastique
                 maquillée d’illusions nababesques
                   provoquant  d’innocentes violences….
Amen.

/Volumes/Untitled/2017-10-20 poésie Licia ill. I.C.Laliberté/poésie Licia ill. I.C.Laliberté 003.JPG









              







Je cherche un décor pour un petit repos,
et je me ramasse dans la baie de Tous les Saints.
C’estun grand miroir rond
qui reflète des beautés.
Splendeurs des eaux
illustrant l'esthétique des passages...
Kyrimurê Paraguaçu,
miroir  d'une belle Indienne,
une danse gracieuse,
scintillantes, cinquante îles
et cinquante étoiles de la Croix du Sud...
Un jour, elle perd la coquetterie féminine,
va cacher les trésors des navigants,
route des commerçants,
terre d’Amerigo, 
et cette coqueterie est donnée à Tous les Saints...
Ne pas se déféminiser,
rester miroir,
les Africains amènent Iemanjá
s'appropriant les fleurs et les parfums 
des pécheurs du royaume enchanté....
Tierces cultures,
étoiles dansant dans l'eau,
les nuits se déplient,
bercées par le bruit des vagues,
le mouvement du vent
dans les bouquets
de palmiers et de cocotiers....
La pleine lune monte dans le ciel,
les tambours résonnent,
voix lancinantes de la mer
embrasant les secrets
des femmes de la ville.
Les images de cette ville plongent
dans les mystères de l'eau,
savoirs entrecroisés,
dans le satin blanc de la lune,
lice de création de chants, 
 odes aux forces de la nature tropicale.




Des milliers d’années durant
elles soufflent
le chant envahit la nature
le cœur des hommes s’effrite
s’envole en éclats.

Millénaires millénaires millénaires,
les hameçons sonores
dans les traversées des mondes
Chuáchuáchuá
tourbillonnent
captivent les âmes libres et nues
quoi quoi qui
lui elles nous
qui 
un tissage d’identités
à faire flotter.

 Force et pouvoir,
sons parmi les bribes de nature
fibres de voix
corps  fêtes   veines
la crise étourdit
nos coeurs 
nos paysages de vents lyriques musicaux. 

L’une s’appelle Loreley
cherche son Ebehard
en appelant tous les voyageurs qui passent.
Des lyres résonnent dans leurs os,
morsure amorcée 
déployant
la mélodie

Loreley une histoire littéraire 
corps de lettres ABC-Z
provoquant sentiments arrachés là
où les lettres s’entourent
et se donnent des accolades.
Les hommes périssent à ouïr la mélodie
de la lyre élastique 
trémulant de vibrations fortes.












L’autre est Iemanjá
miroir de l’Afrique
Tibum bum           bum bum bum
La nature exige tambours.
Culture esclave 
mariée des traditions indiennes
la nature danse
vent    mer    sables
Quoi
l’hameçon des appels
la rotation des désirs
Qui
femmes 
dans une course étoilée
      forces vives 
           rayonnement intérieur
                   en espaces du possible
  
Vie   chants     rythmes
compositions
à enseigner le monde 
nouvelles histoires 
tissages de voix.

Iemanjá s’incorpore
dans les jeunes femmes
        parle avec elles
        rêve avec elles
se lancent ensemble dans un chemin de séduction

 Une femme avec Iemanjá
crie contre la solitude du monde 
inverse le royaume enchanté des eaux
venant sur terre 
recevoir ses fleurs.
  
Quelle place a plus de force?

Un rocher pour envoûter les passants?

Le sable pour tourbillonner
les morceaux humides
des corps chauds
cherchant 
les clefs des mondes?















Un royaume fabuleux des eaux
consent
 des expériences de vie
plongées dans un univers enchanté,
mais imprégné des traversées 
          des vivants en lutte 
                     et en quête de leur morceau de terre parfumée.

















































Epahé Ohá !!![3]
Le cri des tonnerres
embrase l'amour.
Éros migrant.
Epa Lo Kayá !!!!
Cris dansants Iansã,
l'hallucination  mouvante
de la passion déchainée.
Ero Kum !!!
Arrive Oxossi.
les bois s'agitent,
arbres, nattes de verdure,
la terre lentement sautille,
la terre, ses tendresses,
les mouvements transfigurant l'instant
qu'ils inspirent 
qu'ils aspergent d'une sève auréolée.
Quelle dynamique ! 
Iansã Oxossi,
tonnerres, éclairs
fécondant la forêt!
Quelle relation, 
Oxossi Ogoun, 
la forêt se tonifiant,
verts et bleus commandements !






















On capte les énergies
au moindre souffle,
chants mythiques
de la Croix du Sud.
Ici, ils sont venus de loin 
s’entrecroiser.
Histoires de grands exploits 
que tout le peuple raconte,
brillants comme le soleil au milieu de la pluie...
Oqué arô !!!
L'incomparable  chasseur de l'aube,
imbattable à l'arc,
défie les vieux hommes blancs
habitués  à écraser une nation
avec les armes des grands mensonges...
Aucune garantie de victoire,
mais la caresse triomphante 
des esprits courageux
effrayant chaque jour
les visages méchants,
menteurs timorés 
qui sèment l’oppression 
au cœur de notre terre…

















Je te vois terrassé, meurtri : étonnement, désarroi,
                  rébellion...!
             On l’accuse, 
     des orages détruisent 
les meilleurs jours d’un peuple
   ne demandant qu’à naître.
Emmène-moi au centre de la révolte,
emmène-moi jusqu’à sa voix,
apporte-moi la sève de sa résistance,
je suis d’un monde qui ne sait pas mourir.... 

Savais-tu qu’on l’anéantit
pour un crime qu’elle n’a pas commis?
Entendais-tu les cris hallucinés d’une foule
qu’ils ont façonnée avec des mots de mensonge?
Tu devrais le savoir : communiste, assassine,
braqueuse, voleuse...!!!!
Mots servant à la jeter
dans une fosse aux lions,
une tombe de rêves
enterrés,
avortés...!
Ils ont toujours eu armes 
et mots meurtriers.
Emmène-moi au centre de sa pensée.
L’histoire lui a donné le choix
                                de la lutte
                                avec mots
                                réflexions
                                positions
                            et tisse des trames
               que le temps superpose au silence.

Emmène-moi au centre de son essence
                          Femme.
Serait-il possible de penser à un commandement féminin?

                           Je suis enfant, 
                            gamine à courir,
               à rouler dans la boue des bidonvilles,
            me livrant à jeux avec des fillettes noires
              disparaissant subitement le lendemain,
              puis se retrouvant esclaves
            dans les bourgeoises maisons,
            à la merci de patrons violeurs.
              Modèle colonial.
                           Perversion!

Emmène-moi là où son histoire oblitère ces erreurs.
Elle a libéré les esclaves,
Elle a bâti une passerelle de justice
pour contrer l’écrasement d’enfants abandonnés.
Savais-tu ce que c’est une robe de gamine
pleine de boue, 
argile mélangée à la pluie,
coulant à travers les trous des toiles,
brassée dans les tuyaux qui 
courent dans les pentes
arrachant de tous les cœurs
espoirs et joies?






Elle a  du front,
son courage, un cheminement.
On soulève la voix de masses désemparées
pour démolir la première commandante femelle,
idole d’une histoire anti-machiste.

Être mâle est une force,
mais machiste déconcerté,
la déchirure d’une raison,
destruction de toute pensée.

Emmène-moi dans le pays
des enfants récupérés
par un bras fort,
 un cri de dame.
Peut-on échapper à ce crime qu’on lui impute à tort?
Ils lui enlèvent sa présidence,
Ils laissent des gens sans gouvernail,
Ils étouffent les gémissements hardis des jeunes
       boue argile  pluie
        larmes rouges.
Tout ça révèle une histoire de patrons
       rancis.












Emmène-moi dans son essence
là où la force d’une femme
peut vaincre la peur
de grandir malade
en terre d’exclusions.

Et tous ces tristes souvenirs, 
quand on les reverra demain,
d’autres idées vont gicler en une profusion d’essaims.
On pourra alors imaginer
ces formes de vie
rêvées
 resurgissant dans nos meilleurs desseins.








/Volumes/Untitled/2017-10-20 poésie Licia ill. I.C.Laliberté/poésie Licia ill. I.C.Laliberté 011.JPG





Je note tout dans mon carnet,
vos yeux perçants
quémandant un reste de vie.
La disparition des formes de vivre est à peine perceptible 
à mes yeux
                     …et pourtant…
Les gros propriétaires terriens
défilent,
pendent comme des banderoles
sur une terre dévastée.

Je note encore dans ce carnet
que vous cachez dans vos corps fragiles
un désir vorace d’aliments
et la soif,
l’espoir d’un peu d’eau…
D’ailleurs, personne
ne trouve jamais
vos empreintes sur la poussière
      porteuses des déchirures 
                      des maisons
              qui ont craqué
                        au bord de la route.





Il faut garder les traces qui vous appartiennent.
Je vois tout cela,
vivant de mon âme 
                 comme d’un vol perdu
d’oiseaux qui fuient le chemin menant au soleil.

On dit que les seuls patrons qui vaillent 
sont ceux de la connaissance des victimes des systèmes d’oppression.

Je note tout ça dans mon carnet,
             les arbres qui meurent,
             les cactus qui égratignent,
             le bétail qui périt,
             la terre qui se pourfend,
et vos yeux qui me reviennent fragiles
pour quémander  les restes de mon assiette.

Les seuls patrons qui vaillent 
protègent la vie
des petits enfants dans ces terres fissurées
…et pourtant…
vous traversez le chemin de l’embrasement
                                   pieds nus
                                         écorchés
                                                 blessés,  écrasés.

Je note dans mon carnet 
cet entêtement à vivre,
ou encore un courage de résister?
Petits guerriers par habitude
presque surpris
d’exister toujours.
Où trouverais-je
les meilleurs mots pour décrire de telles injustices?
Le carnet déborde d’expressions
qui chaque jour 
perdent de leur force .
Ce carnet me tombe souvent des mains
                                  …et pourtant…
Et pourtant
vos yeux traversent mon âme,
mon silence épie
les tourbillons de l’air sec,
poussiéreux
qui me mène à écrire.
Je veux aussi les mots 
qui viennent mouiller
votre besoin de vivre.






Je piétine en vain, 
hantée par l’ardent désir
de trouver un ailleurs meilleur.
J’essaye de saisir
des mots qui s’échappent
et retournent au lit sec des ruisseaux.
Une littérature aveugle...

Chercher les clefs des signifiés
prêts à tout
pour interpréter seulement
vos petits yeux sertanejos.

Et le sens de mes mots -
j’en suis persuadée -
monte en poussière rouge, 
                   dessinant la danse que les cactus ouvrent,
mentalité d’intimité avec l’intérieur des terres 
dans l’épaisseur de l’aveuglement 
                     conduisant chaque imagination
                                   à un champ de puissances insondables.


/Volumes/Untitled/2017-10-20 poésie Licia ill. I.C.Laliberté/poésie Licia ill. I.C.Laliberté 009.JPG







Je suis maintenant devant le tombeau de Riel

Par où ce texte va se construire?

On s’inscrit dans un temps,
il n’a pas de date.
C’est le moment de la désobéissance
enfants de la colère
disant NON aux parents coloniaux

On s’inscrit dans un espace,
il n’a pas de lieux

Je sors de l’Amérique Latine
tremblant devant la Rivière Rouge
blanchie par la glace

Cette envie d’histoire
                    sans faits
sans événement précis
                    en ce sens interdit
me ferait voir le comandant Dumont
naviguant dans une rivière glacée
pour retracer  les pulsions
                   des consciences bavardes
                    avides de victoires rapides

On nous dit : Du calme!
Il y aura le jour bien partagé
                    par l’écriture du nous

Ce carnet de voyage à l’envers
il faut le dessiner
ouvrir plusieurs entrées
scénarios de toutes les couleurs
mais sans flèches sans indices
   hors patrie hors jeu hors nous

Le nous qui écrit
      n’est pas un nous qui possède
                                   qui cumule
c’est le nous de la communion
quand les dieux pourront permettre
à ciel ouvert
     de   raconter    rapporter     refaire

histoire
scénarios de batailles illimitées
là où l’on engendre
lieux de passages de vaillants chevaliers

Ils se déplacent, ils déménagent
                           ils luttent
                  sans savoir mourir jamais
                            sans savoir
                               laisser
                   l ‘avarice ronger tout.

Par où ce texte doit-il continuer?
Irréversibles blessures d’injustices
affaiblissant les peuples
le sang versé ne servant parfois
                qu’attiser la colère
                            Il faut un autre ton de rouge
                                         rouge de nous
                                         rouge d’insistances
                                        patiemment giclé
                              dans le refus des pesanteurs
                                   destructrices inexorables  de
                              tout désir de réinvention.

     Je remémore un combat mondial
devant la tombe rouge de Riel
C’est avant tout un souvenir d’une Amérique souffrante,
un récit de duels de vieux guitaristes
improvisant des couplets rimés,
paroles provocatrices
exigeant une réponse aussi provocatrice
et rimée des partenaires,
joute de militances.







Apportez-moi un autre livre d’Histoire
           qu’on nous a caché.
Je veux tenir la main
           des sœurs et frères des Amériques
                             qui ne nous ont pas connus.

On va se raconter
            la vie de nos ancêtres, 
                 les cris étouffés conquérant des braves terres
                         formant notre ossature de lutte. 

 Nous avons oublié
d’expliquer comment vivre en marge
                naître dans la servitude
toujours frôlant la mort.
 Nous venons aussi d’une Histoire
aux traces débordant de châtiments !

Nous venons aussi d’un peuple
couvert de coups de fouets, brûlures, pendaisons !






Nous venons d’une nouvelle terre de France
 issue de la négritude d’Afrique
avec nos noms portugais!

Nous n’avons jamais cessé  d’errer
parmi les  voiles  d’un destin en forme d'éternel piège!
 Je suis le premier : Olivier Le Jeune
on cherche mon origine : Madagascar? Guinée?
                  peu importe
j’ai traversé aussi les mers turbulentes
                 de la traite humaine.
          
 Nous cheminions ensemble, 
        sans armes sans bagages,
   sans assurance sur nos vies 
          la terre tournant en sens inverse.

      










Montrons-nous au monde!
Marie-Josèphe-Angélique
         la chef de file 
     d’un groupe de domestiques
que l’Histoire voit comme marginales.
         Petites négresses ,
méchantes effrontées indécentes.

Montréal brûle
dans le feu d’un fagot rebelle,
transformant en cendres les foyers
de ses maîtres d’esclaves.

Mais la fumée des braises
asphyxie tristement le destin d’Angélique,
               les spectacles de feux des regards hallucinants
                             pensent la voir
                            aviver les flammes destructrices!
 La torture gronde,
le feu crépite dans les bouches accusatrices
         les braises noircies par les mensonges
         se joignent aux chants funèbres qui décrètent
          l’anéantissement de l’esclave.
Je confesse, crie-t-elle. « Je sens la chaleur sur mon visage,
 je crache mes aveux pour m’évader de ces cages. »



La  pendaison,
autre corps suspendu dans la lumière
        d’un ciel des Amériques,
ici une tête, là-bas des pieds ; 
toujours des corps mutilés sans fin par l’ambition
des peuples.

L’œil ne peut pas voir leurs membres  entassés dans l’abîme !

Et l’Histoire semble un torchon essuyant ses toisons,
oubliant l’impact des contrechants dans l’horizon!

Pour ces  guerriers errants, 
nul trophée jamais ne sera trouvé.

Il y a des statues parfois 
       sur les places publiques,
des complaintes
       des larmes en poudre
se fondant dans la neige.








Je ne veux plus d' hommages de marbre!
Je veux être là dans les pages de notre Histoire,
              dans les bouches de nos rapporteurs,
                   dans les mains de nos jeunes combattants. 
                    
Je veux me joindre à nos frères et sœurs
       d’une Amérique bâtisseuse
                   de métissages,
        émergeant des flots, ondes, flammes
                traversées des océans
        transportant nos meilleures semences de majesté .




    









J’ai franchi encore une autre frontière.
Tu me ramènes maintenant à mon pays glacial.
Que dois-je dire?
Comme le dit le poète,
la neige neige abondante
souffleuse d'imaginaires
fée d'évasions!
Sont les voyelles plus blanches
qu'hier?
blanc couleur de glace
qui tout dit et remplace
blanc d'embrasures chaudes
écritures de dessins
cristaux d' arbres
qui balancent au bout des branches hautes.



Étoiles illuminées à travers les vitres
astres blancs
guides de courses.
Au cœur de moi
le vent polaire tournoie
la promesse de flammes longues
et intérieures frissonne
Mon hiver ma blancheur
à nouveau ils m'invitent
à m’envoler en tourbillons....












































Elle est ici 
devant moi 
ma ville d’hiver,
ma ville d’infinis.
Je me glisse dans le parc La Fontaine 
 respire la blancheur,
et l’odeur du froid 
qui ondule et m'embrasse


Je ne suis pas Montréalaise déclarée 
lors de mon arrivée au monde


Je reviens de voyages, 
mais tout de même 
des ressacs de pensée 
clouent tête et cœur 
dans cette contrée.

Je suis née dans un flocon de neige 
quand une rafale 
a projeté mon âme 
dans une toile de branches givrées, 
Alors que je me glissais dans la rue Saint Laurent 
qui sépare et unit 
les gens du monde entier.

Mais qui a dit que 
je ne suis pas Montréalaise?

J’habite rue Saint-Hubert.
J’exécute
ma danse acrobatique hivernale,
me voilà étendue par terre,
les quatre pattes  en l’air …
J’ai glissé sur la glace,
sac déchiré 
livres aux quatre vents, 
et me suis relevée en chantant.

Je suis Montréalaise.
Quand on est citoyenne d'une ville,
on vit tout autant les bonnes que les mauvaises expériences
et se battre fait alors aussi partie
de notre vie de tous les jours.
.








Faut au moins une petite 
désaffection pour chambarder 
les sourires toujours pareils 
de visiteurs sans ancrage 
qui ne voient pas le cœur de la terre.

Je suis née dans un flocon de neige. 
Il m’a reflété les cristaux 
d’une terre riche de surprises :
glisser, flotter, sentir les odeurs 
de la froide blancheur de rues et parcs.
Mon album de photos, 
mes plaisirs de découvrir un espace 
qui domine le cœur d’un quartier latin 
de plus en plus oriental.

À travers ce miroir oriental,
je vois mes flocons de neige 
perdre leur accent français. 
Oui, je suis Montréalaise.
Ma tête est un album de photos 
de vécus intense, 
mon cœur chante et désenchante 
apprend à m’enraciner...
Quand il faut aimer 
et  perdre mes couleurs 
pour donner à voir 
toutes mes métamorphoses.





















J’ai sauté hors de mes flocons de neige,
je suis maintenant sur les feuilles d’érable.
La sève monte !
Je me réveille
avec sur moi des rayons de soleil
qui viennent m’accoler au lit.
Chaleur…
Ma ville change.
Je vois sur-le-champ
morceaux de bois
rue Sainte-Catherine,
miroir de la drave dans la rue,
hardis canotiers, 
« Et pique et pique et gaffe et gaffe encore! »
Elle est là, la race qui ne sait pas mourir.

Toujours est-il
que je monte et descends
la rue Saint-Denis,
appréciant : terrasses aux allures variées
bises,
rires,
cris de joie,
rayons de soleil
traversant les bocks de bière
et les poutines lustrées.
Combien de flâneurs près de nous sont passés
débattant sur la vie, la politique, les amours?…
Combien de têtes près de nous sont restées
riant simplement
dans les décors des amitiés
prêtes à livrer les pensées de leur temps?…
Les mots
comme ressorts dans nos gorges
crient,
dansent,
s’inventent
des balades tendres
et cherchent à montrer la traversée de l’Histoire.






Une mémoire
contenant mille avenues fleuries,
des millions de mirages
glissant sur le boulevard Saint-Laurent,
bruitage de corps et d’âmes,
en quête
de constellations d’espoirs,
dans la diversité de Ville-Marie.
Je monte dans mon Cygne.z
Je le vois toujours de loin
quand je m’approche de la ville,
arrivant par autobus,
cygne-signe de Montréal
capable de nous donner
un rêve heureux de ville.
Mes désirs lançant d’en haut
un cri pour les arbres-veines de son cœur,
cœur de mémoire, cœur cosmogonique
faisant gicler son sang dans ma hantise d’amour…

Je cueille dans cette ville un visage
dans des sources cachées,
mes murmures de jours,
un amour perdu
qui sans cesse gravit et déboule les talus d’éboulis
du mont Royal,
et le monde entier change en moi.















[1]Extrait du poème Frontières, un des 20 poèmes retenus dans le concours de poésie de Radio-Canada 2017.
[2]L’instrument avec lequel on joue la capoeira.
[3]Note : dans la mythologie afro-brésilienne, Iansã est la reine des tonnerres, Oxossi, le dieu de la forêt et Ogoun le roi de la guerre.

Licia Soares de Souza Web Developer