quinta-feira, 17 de março de 2016

JE SUIS MONTRÉALAISE


Suis-je montréalaise ?



Elle est ici
devant moi
ma ville d’hiver
ma ville d’infinis
me glissant dans le Parc Lafontaine
à respirer la blancheur
et l’odeur du froid
qui ondule et m'embrasse

Je ne suis pas montréalaise déclarée
lors de mon arrivée au monde

Je reviens de voyages
mais tout de même
des ressacs de pensée
clouent tête et cæur
dans cette contrée

Je suis née dans un flocon de neige
quand une rafale
a projeté mon âme
dans une toile de branches givrées
me glissant dans la rue Saint Laurent
qui sépare et unit
les gens du monde entier
ma viande portugaise mon fromage français
mon vin chilien
tout mélangé par les ondes de froid
qui tournoient qui blanchissent

Mais qui a dit que
je ne suis pas montréalaise?

J’habite rue Saint-Hubert
ma danse acrobatique hivernale
je suis tombée accroupie
à quatre pattes jambes en l’air
fesses par terre…

j’ai glissé sur la glace
sac déchiré
livres aux quatre vents
et me suis relevée en chantant


J’ai poussé dans les métros
J’ai été cognée
J’ai bousculée
J’ai été coincée
J’ai pilé sur des pieds…

J’ai échangé les célèbres
tabarouettes par mes merdes cachées
les hosties par ma liste
d’enculages cauchemardesques
ces heures où les empressements
poussent aux accouplements de langage

Je ne suis pas montréalaise

Oui je n’aime pas la poutine
frites pâles et gras fromage sans goût
mais je ne mange pas acarajés
et abomine caipirinhas

J’ai rejeté un poulet St-Hubert
on m’a réprimandée le ton est monté
J’ai vociféré à mon tour

Je suis montréalaise
on ne peut pas être citoyenne
d’une ville de paix
où tout le monde est bon
et ne fait jamais la gueule

Faut au moins une petite
désaffection pour chambarder
les sourires toujours pareils
de visitants sans ancrage
qui ne voient pas le cæur de la terre

Je suis née dans un flocon de neige
Il m’a reflété les cristaux
d’une terre riche de surprises
glisser flotter sentir les odeurs
de la blancheur froide de rues et parcs

mon album de photos
mes plaisirs de découvrir l’espace
mes joies avec amis de l’Université du Québec
qui domine le cœur d’un quartier latin
de plus en plus oriental


À travers ce miroir oriental
je vois mes flocons de neige
perdre leur accent français
mais ce n’est pas une malédiction

Il y a cyclistes chansonniers terrasses
une envie énorme
de piétiner allégrement
les sentiers du monde
qui feront de mes morceaux de glace
les cristaux d’une terre neuve
qui se déplie pour l’univers

Oui je suis montréalaise

Ma tête est un album de photos
de vécus intense
mon cœur chante et désenchante
apprend à m’enraciner

Quand il faut aimer
et à perdre mes couleurs
pour donner à voir
toutes mes métamorphoses


Lícia Soares
de Souza



Licia Soares de Souza Web Developer

3 comentários:

  1. Commentaire de Jean Morisset:

    À toi Lícia…

    Et maintenant que tu promènes
    ta vie par la main parmi nous tous, Lícia
    et continues joyeusement à faire nos mains
    se rejoindre toutes-tous-toutes par les tiennes…

    Tu ne cesses pas, n’as jamais cessé de faire des dessins.

    Et jamais ne cesseras-tu de donner-entregar Montréal à Montréal
    par Salvador à Bahia et réciproquement, tout le long
    de la grande liane-méridienne sur la longitude-en-latitude.

    J’ai de toi un souvenir lointain tão pertinho, là à proxima,
    à l’époque où tu réalisais ta série d’entretiens à Radio Centre-Ville.

    En compagnie de mon éditeur Hérard Jadotte (de l’ex-Nouvelle Optique),
    nous étions allés te rencontrer dans un appartement à la mine surprise
    de nous voir survenir-advenir en remontant jusqu’à toi l’escalier chambranlant
    d’un espace Haïti-Québec-Brésil qui avait oublié jusque là de s’offrir à lui-même.

    Mais tu étais là, seule et grandiose.

    Comblant du coup et colmatant par ta présence
    les lacunes et les failles de l’histoire.

    Tu as sorti soudain, derrière la porte de tes émotions, une bannière
    que tes émissions radio n’arrivaient pas à faire voir à l’oreille de tes auditeurs.

    Et tu as déployé devant nous le drapeau du Brésil, nous insignant sur le pectoral
    la Croix-du-Sud. Comme un rituel baptismal suivi bientôt de posters
    qui apparaissaient comme autant d’icônes d’une arrière-cour continentale
    transportée par magie, sous l’effusion de quelque aurore boréale volatile
    dont tu intervertissais le cours dans un petit appart de Montréal .

    Hérard avait été fortement impressionné.

    — Mais elle est qui au juste?
    — Elle est le Brésil. T’as pas vu.

    «Dommage que je ne les ai pas conservés, dis-tu».

    Mais si, Lícia, tu les as conservés ces pseudo gribouillages
    pour peupler un monde. Sim, sim… do ré mi fa sim, Lícia!

    Sont devenus écritures, messages, poèmes, palabres…
    gribouillis transcendants projetés aux cinq points cardinaux
    de notre rencontre multi-étages à toutes-tous-toutes.
    Par ton entremise et ta mise en misaine sur la caravelle
    de nossos encontros mútuos permanentes para sempre .

    — Mais c'est qui-quoi au juste le cinquième point cardinal?
    — Lícia Soares de Souza de Montréal em Salvador. T’as pas vu.


    Jean

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  2. De Jacques Jourdain:

    Chère Licia, je constate que ta personnalité rayonnante explique combien sont nombreuses et sincères les personnes qui éprouvent de l'amitié et de la tendresse pour toi. Tu es une femme de conviction doublée d'une empathie sans équivoque pour le genre humain. Dommage qu'il y ait si peu d'individus comme toi sur notre charmante planète. Car il y aurait sans doute plus de douceur et de gentillesse, que de conflits, de déréliction et d'affrontements sur nos terres présentement chaotiques. Longue vie à Licia...

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